Rétention aiguë d’urines : signes d’alerte, urgence et bilan avant traitement interventionnel (RADIOLOGIE INTERVENTIONNELLE 78)
- Cedric KTORZA
- il y a 31 minutes
- 10 min de lecture

La rétention aiguë d’urines est une urgence.
Elle correspond à une incapacité brutale d’uriner (ou à une vidange vésicale très insuffisante) alors que la vessie est pleine, souvent avec une douleur sus-pubienne intense. L’objectif, dans l’immédiat, est simple : drainer rapidement la vessie, puis réaliser un bilan étiologique pour éviter les récidives et traiter la cause. Cet article vous aide à reconnaître les signes d’alerte, à comprendre la prise en charge en urgence et à savoir quels examens sont généralement réalisés avant d’envisager une option mini-invasive, notamment en radiologie interventionnelle.
Pour en savoir plus sur notre approche et nos prises en charge mini-invasives, vous pouvez aussi consulter le site du Centre Spécialisé de Radiologie Interventionnelle Parly II – Yvelines (RADIOLOGIE INTERVENTIONNELLE 78).
Comprendre la rétention aiguë d’urines (RAU)
Définition : ce qui se passe dans la vessie
La rétention aiguë d’urines (RAU) est une rétention brutale : l’urine s’accumule dans la vessie sans pouvoir s’évacuer correctement. Elle peut entraîner :
une douleur importante et un globe vésical (vessie distendue palpable),
un reflux de pression vers le haut appareil urinaire (uretères/reins), avec risque d’atteinte rénale si elle se prolonge,
des complications après levée d’obstacle, notamment une diurèse post-obstructive (à surveiller).
RAU vs rétention chronique : ne pas confondre
La rétention chronique peut s’installer progressivement, parfois avec peu de douleur, et se révéler par une fatigue, des infections urinaires récidivantes, une distension abdominale ou une altération de la fonction rénale. La RAU, elle, survient brutalement et doit être considérée comme une urgence thérapeutique. (urofrance.org)
Signes d’alerte : quand c’est une urgence
Une RAU doit être prise en charge rapidement. Les autorités de santé et référentiels rappellent que l’impossibilité soudaine d’uriner, associée à une douleur abdominale basse, relève d’une urgence médicale. (nhsinform.scot)
Symptômes typiques
Impossibilité d’uriner malgré une envie pressante.
Douleur sus-pubienne (bas-ventre), parfois très intense.
Ballonnement ou sensation de “vessie pleine”.
Parfois : fuites par regorgement (quelques gouttes), ce qui n’exclut pas une rétention.
Signes de gravité à repérer
Certains éléments doivent faire envisager une prise en charge plus médicalisée (surveillance, bilan biologique élargi, parfois hospitalisation) : fièvre, hématurie importante, suspicion d’infection prostatique, insuffisance rénale, ou signes de syndrome de levée d’obstacle après drainage (diurèse très abondante). (urofrance.org)
Tableau pratique : signaux d’alarme et conduite à tenir
Signal d’alerte | Pourquoi c’est important | Conduite à tenir (principe) |
|---|---|---|
Impossibilité soudaine d’uriner + douleur intense | RAU typique : risque de souffrance vésicale et rénale si prolongée | Urgences / appel au SAMU (15) ou 112 selon contexte ; drainage vésical en urgence |
Fièvre, frissons, douleur pelvienne | Peut évoquer une infection (ex. prostatite) compliquée | Urgences : bilan infectieux, antibiothérapie selon avis médical |
Hématurie abondante (sang dans les urines) | Risque de caillots et d’obstruction ; recherche de cause | Évaluation urgente ; drainage/irrigation si nécessaire selon équipe soignante |
Diurèse massive après drainage (urines très abondantes) | Risque de déshydratation et troubles électrolytiques (diurèse post-obstructive) | Surveillance de la diurèse, du poids, ionogramme ; compensation hydrique adaptée |
Nouveaux troubles neurologiques (faiblesse, anesthésie en “selle”, douleurs lombaires intenses) | Peut évoquer une urgence neuro (ex. compression) associée à trouble mictionnel | Urgences sans délai ; imagerie et avis spécialisés |
Causes fréquentes : ce qui peut déclencher une RAU
Les causes sont classiquement regroupées en grandes familles : obstructives (mécaniques), infectieuses/inflammatoires, neurologiques et iatrogènes (médicaments, anesthésie). (ncbi.nlm.nih.gov)
Chez l’homme : l’obstruction prostatique est très fréquente
Hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) : complication possible avec RAU, considérée comme une urgence. (nhsinform.scot)
Infection prostatique (prostatite) : inflammation/œdème pouvant obstruer l’urètre. (ncbi.nlm.nih.gov)
Cancer de la prostate ou tumeur vésicale (plus rare comme cause directe, mais à rechercher selon contexte).
Sténose urétrale (rétrécissement de l’urètre).
Chez la femme : penser obstruction, prolapsus, causes neurologiques
La rétention urinaire est globalement moins fréquente chez la femme, mais existe (prolapsus, obstacle, atteinte neurologique, post-opératoire, médicaments). Le diagnostic repose notamment sur la mesure du résidu post-mictionnel par échographie vésicale ou sondage. (ncbi.nlm.nih.gov)
Médicaments et contextes favorisants
Anticholinergiques, certains antidépresseurs tricycliques, antihistaminiques, antipsychotiques, etc. (ncbi.nlm.nih.gov)
Opioïdes (effet inhibiteur sur la miction) (selon contextes).
Anesthésie et période post-opératoire (rétention transitoire possible).
Constipation importante (effet compressif/obstructif). (ncbi.nlm.nih.gov)
Prise en charge en urgence : l’essentiel avant tout bilan “complet”
Dans la plupart des référentiels, la RAU est une urgence thérapeutique : il faut réaliser un drainage vésical en urgence pour soulager la douleur et éviter les complications. (urofrance.org)
Drainage vésical : sonde urétrale ou cathéter sus-pubien
Le drainage peut être réalisé :
par sonde vésicale (voie naturelle),
ou par cathéter sus-pubien (voie percutanée) si la voie urétrale est impossible/contre-indiquée, selon l’évaluation médicale. (urofrance.org)
Quelques points pratiques classiquement rappelés :
Noter le volume drainé : un volume initial inférieur à 600 mL est associé à un meilleur pronostic dans un référentiel d’urologie (donnée pédagogique). (urofrance.org)
La décompression rapide est généralement recommandée : il n’existe pas de preuve que la décompression progressive réduise les complications (hématurie, hypotension, diurèse post-obstructive). (aafp.org)
Surveiller le “syndrome de levée d’obstacle” (diurèse post-obstructive)
Après drainage, certaines personnes développent une diurèse post-obstructive (urines très abondantes). Une définition fréquemment utilisée est une diurèse d’au moins 200 mL/heure pendant 2 heures consécutives ou > 3 000 mL/24 h après levée de l’obstruction. Cela peut nécessiter une surveillance et une adaptation des apports hydriques/électrolytiques, car des complications (déshydratation, troubles ioniques, hypotension) sont décrites. (ncbi.nlm.nih.gov)
Catheter en place : limiter les complications
Un cathéter urinaire, surtout s’il reste en place, augmente le risque d’infection urinaire et d’autres complications (obstruction, inconfort). Les recommandations pratiques de prévention reposent notamment sur l’hygiène des mains et les soins adaptés au matériel. (nhsinform.scot)
Bilan diagnostique : examens utiles après stabilisation
Le bilan se fait en deux temps : confirmer et sécuriser (urgence), puis comprendre la cause (étiologique) pour réduire le risque de récidive.
Bilan clinique initial (souvent dès les urgences)
Interrogatoire : début des symptômes, médicaments récents (anticholinergiques, opioïdes…), chirurgie/anesthésie, constipation, antécédents urologiques.
Examen : globe vésical, douleur, signes infectieux, examen neurologique si suspicion.
Chez l’homme : évaluation clinique de la prostate selon le contexte.
Examens complémentaires fréquemment utilisés
Mesure du résidu post-mictionnel si besoin (échographie vésicale/bladder scan) ou via sondage. (ncbi.nlm.nih.gov)
Bandelette urinaire / ECBU si suspicion d’infection.
Bilan sanguin : fonction rénale (créatinine), ionogramme, signes d’inflammation selon contexte.
Échographie réno-vésico-prostatique : recherche de rétention, retentissement sur les reins (dilatation), prostate volumineuse, etc.
Selon suspicion : imagerie (scanner) si colique néphrétique/obstacle lithiasique, ou examens endoscopiques (cystoscopie) en différé.
À retenir : l’épisode aigu se traite d’abord par drainage, puis le bilan vise à identifier la cause (obstruction prostatique, infection, médicament, cause neurologique, sténose…) pour choisir une stratégie durable.
Bilan avant traitement interventionnel : ce qui est généralement vérifié
Un “traitement interventionnel” signifie ici une option mini-invasive guidée par l’imagerie, réalisée dans un parcours coordonné (souvent avec urologue, médecin traitant, radiologue interventionnel). Le bilan exact dépend de la cause identifiée.
Si la cause est une hypertrophie bénigne de la prostate : penser embolisation de la prostate (selon indication)
Après une RAU, certains patients (notamment en cas de récidive, d’échec d’un sevrage de sonde, ou de contre-indication à la chirurgie) discutent une option mini-invasive comme l’embolisation des artères prostatiques (PAE). Une prise de position multisociétés (dont la Society of Interventional Radiology) a présenté la PAE comme une option sûre et efficace chez des patients sélectionnés, notamment ceux qui ont échoué au traitement médical ou sont de mauvais candidats chirurgicaux. (sirweb.org)
À titre d’exemples, des études cliniques chez des patients en rétention avec sonde rapportent des taux de retour à une miction spontanée (libération de cathéter) après PAE, avec des résultats variables selon les populations et protocoles :
Étude prospective multicentrique (2019) : succès clinique à 6 mois rapporté chez une partie des patients après échec de “trial without catheter”. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
Série plus large (2021) : taux élevés de “freedom from catheterization” à 3, 6 et 12 mois chez des patients avec RAU liée à l’HBP (contexte et sélection importants). (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
Pour découvrir le principe de cette prise en charge mini-invasive, vous pouvez consulter : Embolisation de la prostate – CSRI 78 Radiologie.
Examens souvent utiles avant une embolisation prostatique (logique de sécurité)
Confirmation de l’indication urologique : symptômes, retentissement, antécédents, options déjà tentées.
Recherche/élimination d’autres causes (ex. infection active non contrôlée, suspicion de cancer selon contexte clinique et biologique).
Évaluation du risque lié au produit de contraste : fonction rénale, allergies, traitements anticoagulants/antiagrégants (adaptation au cas par cas).
Évaluation anatomique artérielle : l’imagerie peut aider à planifier l’embolisation. Des travaux ont montré que la CTA pelvienne pré-procédure peut identifier l’anatomie artérielle prostatique avec une bonne précision pour la planification (sans remplacer l’angiographie per-procédure). (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
Imagerie per-procédure : le cone-beam CT (CBCT) peut aider à confirmer la perfusion prostatique et à réduire le risque d’embolisation non ciblée dans certaines situations. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
Si la cause est gynécologique (plus rare) : compression, troubles urinaires et options mini-invasives
Certaines pathologies gynécologiques (ex. fibromes) peuvent s’accompagner de troubles urinaires par effet de masse, même si la rétention aiguë “pure” n’est pas le scénario le plus fréquent. Dans un parcours coordonné avec gynécologue, l’embolisation utérine peut être discutée pour traiter la cause (selon indication). Informations : Embolisation utérine — traitement des fibromes et adénomyose.
Après l’épisode aigu : éviter la récidive (médical, urologique, mini-invasif)
Le “test de retrait de sonde” (TWOC) et les alpha-bloquants : ce que dit la littérature
Dans les RAU liées à l’obstruction prostatique, une stratégie fréquente associe drainage puis essai de miction après retrait de la sonde, souvent après quelques jours. Des données de revue systématique (Cochrane, 2014) suggèrent que les alpha-bloquants augmentent la probabilité de succès du retrait de sonde (ordre de grandeur : ~60% vs ~38% sous placebo dans l’analyse), avec une tolérance globalement acceptable dans les essais. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
Plus récemment, une revue et recommandations françaises (Association Française d’Urologie, publication 2025) recommandent un alpha-bloquant avant le TWOC et évoquent une durée courte (en pratique, souvent 2–3 jours) avant tentative de retrait, avec un minimum d’environ 2 jours selon consensus d’experts. (sciencedirect.com)
Si récidive, échec du TWOC ou sonde prolongée : discuter des options
Si la rétention récidive ou si le sevrage de sonde échoue, l’urologue discute les options : optimisation du traitement médical, chirurgie endoscopique (selon profil), ou alternative mini-invasive comme l’embolisation prostatique chez des patients sélectionnés. À noter : un article de médecine générale (AAFP, 2008) rapportait qu’jusqu’à 70% des hommes peuvent récidiver dans la semaine si l’on se contente de drainer sans stratégie de fond (donnée à replacer dans son contexte et son ancienneté, mais utile pour comprendre l’enjeu de la prévention). (aafp.org)
La place de la radiologie interventionnelle (RADIOLOGIE INTERVENTIONNELLE 78) dans le parcours
La radiologie interventionnelle regroupe des gestes mini-invasifs guidés par l’imagerie, réalisés en coopération avec les autres spécialistes. Pour une explication simple : La radiologie interventionnelle : qu’est-ce que c’est ?
Dans le cadre d’une rétention aiguë d’urines, le message clé est :
Priorité n°1 : prise en charge en urgence (drainage, sécurité, surveillance).
Priorité n°2 : identifier la cause et construire une stratégie pour éviter la récidive.
Quand la cause est compatible (par exemple HBP avec symptômes gênants, échec de sevrage de sonde, contre-indication ou refus de chirurgie), une discussion sur une option mini-invasive comme l’embolisation prostatique peut s’intégrer au parcours, après bilan et sélection.
RADIOLOGIE INTERVENTIONNELLE 78 s’inscrit dans cette logique de parcours coordonné, au sein du Centre Spécialisé de Radiologie Interventionnelle Parly II – Yvelines.
FAQ – Rétention aiguë d’urines et parcours RADIOLOGIE INTERVENTIONNELLE 78
RADIOLOGIE INTERVENTIONNELLE 78 peut-elle proposer une alternative à la chirurgie après une rétention liée à l’adénome de prostate ?
Dans certaines situations, oui, après l’épisode aigu et après avis médical. Quand la rétention est liée à une hypertrophie bénigne de la prostate (HBP), l’urgence est d’abord le drainage vésical. Ensuite, si la rétention récidive, si le retrait de sonde échoue ou si une sonde doit être maintenue, une option mini-invasive comme l’embolisation des artères prostatiques (PAE) peut être discutée chez des patients sélectionnés. La PAE est reconnue comme une option possible par une prise de position multisociétés (2019), dans un cadre d’indication et de sélection. (sirweb.org)
Combien de temps après une rétention aiguë peut-on envisager une embolisation de la prostate au CSRI 78 ?
Il n’existe pas une règle unique valable pour tous : cela dépend de la cause, de l’évolution après drainage, de la présence d’infection, de la fonction rénale, et du résultat d’une tentative de retrait de sonde. Les recommandations urologiques décrivent souvent une tentative de “trial without catheter” après quelques jours, fréquemment avec alpha-bloquant (2–3 jours dans des recommandations françaises récentes). (sciencedirect.com) Une discussion sur une option interventionnelle se fait habituellement une fois la situation stabilisée et la cause documentée, dans un parcours coordonné avec l’urologue.
Quels examens sont fréquemment demandés avant une embolisation de la prostate (RADIOLOGIE INTERVENTIONNELLE 78) ?
confirmer que les symptômes et la rétention relèvent bien d’une obstruction prostatique, (
vérifier l’absence de contre-indications et sécuriser l’utilisation d’un produit de contraste (fonction rénale, antécédents allergiques), et (
analyser l’anatomie artérielle pelvienne pour planifier le geste. Des études montrent que la CTA pelvienne pré-procédure peut aider à prédire l’anatomie artérielle et à planifier l’embolisation, tout en rappelant que l’angiographie per-procédure reste essentielle pour la sécurité. ( pubmed.ncbi.nlm.nih.gov )
Une rétention d’urines peut-elle être due à un fibrome et relever d’un traitement mini-invasif dans les Yvelines ?
Des pathologies gynécologiques comme les fibromes peuvent s’accompagner de troubles urinaires, notamment par effet de compression, même si la rétention aiguë d’urines typique est plus souvent liée à d’autres causes (chez l’homme, l’HBP est un grand classique). Le point de départ reste un diagnostic médical (urgence si impossibilité d’uriner), puis un bilan étiologique. Si un fibrome symptomatique est identifié et qu’un traitement mini-invasif est pertinent, l’embolisation utérine peut être discutée dans un parcours coordonné avec le gynécologue. Pour en savoir plus : embolisation utérine (fibromes, adénomyose).
Et maintenant ?
Si vous avez été confronté(e) à une rétention aiguë d’urines, retenez : urgence d’abord (drainage et surveillance), puis bilan pour traiter la cause et limiter la récidive. Lorsque l’origine est compatible avec une prise en charge mini-invasive (par exemple une HBP avec rétention récidivante ou difficulté de sevrage de sonde), vous pouvez découvrir l’option embolisation de la prostate et l’organisation du centre via le rendez-vous en ligne au Centre Parly 2. Pour une vue d’ensemble, rendez-vous sur la page d’accueil du CSRI 78 (RADIOLOGIE INTERVENTIONNELLE 78).
Sources utiles (lecture grand public et références) : Urofrance – référentiel “Rétention aiguë d’urine”, NIDDK – Urinary retention, NHS Inform – Benign prostate enlargement (complications, RAU), SIR – position statement sur l’embolisation prostatique (2019).


