Anévrisme de l’aorte abdominale : dépistage et traitement endovasculaire
- il y a 13 minutes
- 6 min de lecture

L’anévrisme de l’aorte abdominale peut rester silencieux pendant des années. Le vrai enjeu est de le dépister avant la rupture et d’orienter la prise en charge entre surveillance, réparation endovasculaire (EVAR) ou chirurgie ouverte selon le risque et l’anatomie.
Le dépistage repose surtout sur l’échographie chez les patients à risque, tandis que l’angioscanner sert surtout à préparer un geste endovasculaire en précisant la taille et les points d’ancrage de la prothèse.
Les repères de cet article s’appuient sur le recommandation USPSTF sur le dépistage, le guide NICE NG156, les informations du CDC, la fiche MedlinePlus sur l’AAA et la page de la Society for Vascular Surgery sur l’EVAR.
Comprendre l’anévrisme de l’aorte abdominale
Le tabac est le facteur modifiable le plus important. Le CDC rappelle aussi que l’AAA est plus fréquent chez les hommes et après 65 ans, et que l’hypertension, l’athérosclérose et l’antécédent familial augmentent le risque. En 2019, les anévrismes ou dissections aortiques ont causé 9 904 décès aux États-Unis, ce qui illustre l’intérêt d’un dépistage ciblé.
Le plus souvent, l’anévrisme ne donne aucun symptôme avant de grossir ou de se compliquer.
Quand des symptômes apparaissent, il s’agit surtout d’une douleur profonde de l’abdomen, du dos ou du flanc, parfois irradiant vers l’aine, les fesses ou les jambes. En cas de rupture, la douleur devient brutale et peut s’accompagner de malaise, d’étourdissements, de sueurs froides, de nausées, de vomissements ou d’un pouls rapide.
Qui doit être dépisté et avec quel examen ?
Selon l’USPSTF, une échographie abdominale unique est recommandée chez les hommes de 65 à 75 ans ayant déjà fumé. Chez les hommes du même âge n’ayant jamais fumé, le dépistage se discute au cas par cas. Chez les femmes n’ayant jamais fumé et sans antécédent familial, il n’est pas recommandé en routine.
L’échographie abdominale est l’examen de base pour dépister et surveiller un AAA. Si l’on discute une réparation, l’angioscanner (CTA) devient essentiel pour mesurer précisément l’anévrisme, comprendre sa relation avec les artères rénales et iliaques, et choisir entre EVAR et chirurgie ouverte.
Repères pratiques selon la situation clinique
Situation | Examen ou décision | Message clé |
|---|---|---|
Homme de 65 à 75 ans, déjà fumeur | Échographie abdominale unique. | Dépistage recommandé par l’USPSTF. |
Homme de 65 à 75 ans, jamais fumeur | Dépistage sélectif. | La décision se discute individuellement, car le bénéfice net est plus faible. |
Femme jamais fumeuse, sans antécédent familial | Pas de dépistage de routine. | L’USPSTF estime que les risques dépassent les bénéfices dans ce profil. |
AAA connu avant décision de traitement | Échographie puis CTA si réparation envisagée. | Le scanner sert à préparer une éventuelle EVAR ou une chirurgie ouverte. |
Chez les femmes de 65 à 75 ans ayant déjà fumé ou ayant un antécédent familial, l’USPSTF juge les données insuffisantes pour trancher : la décision se discute donc individuellement.
Le diamètre ne suffit jamais à lui seul : la morphologie de l’anévrisme, la vitesse de croissance, les symptômes et l’état général comptent autant que la mesure brute.
Quand proposer un traitement endovasculaire ?
On discute une réparation quand l’AAA est symptomatique, quand il atteint au moins 5,5 cm chez l'homme et 5 cm chez la femme, ou quand un anévrisme asymptomatique dépasse 4 cm et a grossi de plus de 1 cm en un an. Les recommandations insistent aussi sur une décision partagée, fondée sur la taille, la morphologie, l’espérance de vie, l’aptitude à l’anesthésie et le risque de rupture.
L’EVAR devient particulièrement intéressante lorsque la chirurgie ouverte est moins favorable, par exemple en cas d’abdomen hostile, de stoma, de rein en fer à cheval ou de comorbidités importantes. Elle reste toutefois une réparation à choisir au cas par cas.
Si une réparation ouverte et une EVAR complexe sont toutes deux possibles, les recommandations demandent de discuter clairement les limites de l'EVAR, notamment l’incertitude sur certains bénéfices à long terme par rapport à la chirurgie ouverte.
Comment se déroule l’EVAR ?
Le principe consiste à traiter l’anévrisme de l’intérieur, par de petites incisions ou de simples ponctions au niveau des artères fémorales, afin de déployer une endoprothèse qui exclut l’anévrisme du flux sanguin. C’est moins invasif qu’une chirurgie ouverte et la récupération est généralement plus rapide.
Avant le geste, l’angioscanner précise l’anatomie, les zones d’ancrage et la taille de l’aorte pour choisir la prothèse la plus adaptée. Selon les cas, il s’agit d’une EVAR standard ou d’une technique complexe, notamment lorsque la réparation doit s’adapter à des branches artérielles particulières.
Les grandes étapes du geste endovasculaire
Un angioscanner analyse la taille, la longueur et les zones d’ancrage de la prothèse, ce qui permet de préparer le matériel et la stratégie.
La prothèse est ensuite mise en place par les artères fémorales, puis déployée pour isoler l’anévrisme du flux sanguin.
Un contrôle d’imagerie vérifie l’absence de fuite, puis un suivi régulier est organisé car une endofuite peut nécessiter une correction complémentaire.
La récupération est souvent plus rapide que после une chirurgie ouverte, car l’abord est beaucoup moins agressif.
Le risque de complications pulmonaires, cardiaques, abdominales et infectieuses est en général plus faible qu’après chirurgie ouverte.
Le suivi radiologique fait partie intégrante du traitement, car une fuite autour de l’endoprothèse peut imposer un geste supplémentaire.
Pour mieux comprendre le parcours mini-invasif, la radiologie interventionnelle donne le cadre général de ces traitements guidés par l’imagerie, tandis que la question des anticoagulants et antiagrégants doit être pensée en amont avec l’équipe soignante. (vascular.org)
Après l’intervention : suivi et prévention
Après une EVAR, une imagerie de contrôle est souvent réalisée, parfois dès le premier mois, afin de vérifier l’absence d’endofuite et le bon positionnement de la prothèse. Ce suivi n’est pas accessoire : il fait partie du traitement au même titre que le geste lui-même.
À long terme, l’arrêt du tabac, le contrôle de la tension et l’équilibre des facteurs de risque cardiovasculaire restent essentiels pour limiter la progression de la maladie artérielle.
Quand consulter en urgence ?
Une douleur abdominale ou dorsale brutale, un malaise ou une sensation de faiblesse doivent faire penser à une complication aiguë. En cas de doute, il faut appeler les urgences sans attendre.
Une douleur très forte du ventre ou du dos, surtout si elle est soudaine et persistante, doit faire suspecter une rupture.
Un malaise, des étourdissements ou une perte de connaissance sont des signes d’alerte majeurs.
Des sueurs froides, des nausées, des vomissements ou un pouls rapide peuvent accompagner l’urgence.
Une douleur qui irradie vers l’aine, les fesses ou les jambes doit aussi être prise au sérieux.
FAQ sur l’anévrisme de l’aorte abdominale
Quels sont les risques liés à un anévrisme de l’aorte abdominale ?
Le risque principal est la rupture, qui entraîne une hémorragie interne et peut menacer le pronostic vital. Un AAA peut aussi se fissurer ou se rompre partiellement, former des caillots, ou provoquer des douleurs par compression des structures voisines. Le risque augmente avec la taille et la vitesse de croissance de l’anévrisme, d’où l’importance du suivi. Le choix du traitement dépend ensuite du diamètre, des symptômes et du risque opératoire.
Quels sont les symptômes liés à un anévrisme de l’aorte abdominale ?
Le plus souvent, il n’y a aucun symptôme. Quand un AAA se manifeste, il peut donner une douleur profonde du dos ou du flanc, parfois irradiant vers l’aine, les fesses ou les jambes. En cas de rupture, la douleur devient brutale et s’accompagne parfois de malaise, d’étourdissement, de sueurs froides, de nausées ou d’un pouls rapide. Une masse battante abdominale peut être palpée, mais elle n’est pas systématique.
Quels sont les principaux examens pour explorer un anévrisme de l’aorte abdominale ?
L’échographie abdominale est l’examen de base pour dépister et surveiller un AAA. Si l’on discute une réparation, l’angioscanner (CTA) devient essentiel pour mesurer précisément l’anévrisme, comprendre sa relation avec les artères rénales et iliaques, et choisir entre EVAR et chirurgie ouverte. L’IRM peut parfois aider, mais le CTA reste l’examen de planification le plus utilisé dans la pratique endovasculaire.
Quelles sont les options de traitement pour l’anévrisme de l’aorte abdominale et leurs risques ?
Les deux grandes options sont la chirurgie ouverte et la réparation endovasculaire (EVAR). L’EVAR est moins invasive, nécessite de petites incisions ou de simples ponctions, et la récupération est souvent plus rapide. En contrepartie, elle impose un suivi par imagerie, car une fuite autour de la prothèse peut nécessiter une correction complémentaire. La chirurgie ouverte reste pertinente quand l’anatomie, la morphologie ou l’état général ne permettent pas une réparation endovasculaire fiable.
Comment se fait le dépistage de l’anévrisme de l’aorte abdominale et à qui s’adresse-t-il ?
Le dépistage se fait le plus souvent par échographie abdominale, et les recommandations de l’USPSTF sont claires : une échographie unique est recommandée chez les hommes de 65 à 75 ans ayant déjà fumé. Chez les hommes du même âge n’ayant jamais fumé, le dépistage est à discuter individuellement. Chez les femmes n’ayant jamais fumé et sans antécédent familial, il n’est pas recommandé en routine.
Et maintenant ?
Si un AAA a été découvert, ou si un doute persiste sur l’intérêt d’un EVAR, le plus utile est de repartir de l’imagerie et d’un avis spécialisé. Vous pouvez commencer par la page dédiée au traitement de l’anévrisme de l’aorte abdominale, puis revenir à la page d’accueil du centre pour retrouver l’ensemble des prises en charge mini-invasives. Pour aller plus loin, consultez RADIOLOGIE INTERVENTIONNELLE 78.


