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L’embolisation médicale : principe, objectifs et déroulement (radiologie interventionnelle)

  • Cedric KTORZA
  • il y a 4 jours
  • 8 min de lecture

Bloquer un vaisseau pour soigner, sans chirurgie.

L’embolisation médicale est une technique de radiologie interventionnelle qui consiste à occlure volontairement un ou plusieurs vaisseaux (artères ou veines) afin de traiter une maladie : arrêter un saignement, réduire un apport sanguin à une lésion, fermer une veine pathologique, ou diminuer des symptômes. Réalisée sous guidage d’imagerie (radioscopie, angiographie), elle se fait le plus souvent par une ponction percutanée au niveau de l’aine ou du bras, avec des suites généralement plus légères qu’une chirurgie ouverte.

Pour comprendre le cadre global de ces traitements mini-invasifs, vous pouvez aussi lire : La radiologie interventionnelle : qu’est-ce que c’est ?

 

Le principe de l’embolisation médicale (en termes simples)

 

Une occlusion ciblée, au millimètre près

Le cœur du principe est le suivant : un radiologue interventionnel navigue un microcathéter à l’intérieur des vaisseaux, jusqu’à la zone à traiter, puis injecte un agent embolisant (matériau d’occlusion) afin de réduire ou stopper le flux sanguin.

Cette occlusion provoque, selon les cas :

  • une hémostase (arrêt d’un saignement) ;

  • une ischémie contrôlée d’une cible (tumeur, fibrome…) entraînant une diminution de volume et/ou de symptômes ;

  • la fermeture d’une veine pathologique (varices pelviennes, varicocèle…), ce qui améliore la douleur ou l’inconfort.

 

Pourquoi l’embolisation peut fonctionner quand les médicaments ne suffisent pas ?

Parce qu’elle agit mécaniquement sur la cause vasculaire : au lieu de « calmer » un symptôme, elle modifie l’hémodynamique locale (le flux) pour obtenir un effet durable. C’est aussi pour cela que la sélection des patients (imagerie préalable, contexte clinique, alternatives) est déterminante.

 

Dans quels cas utilise-t-on l’embolisation ? (exemples concrets)

L’embolisation est utilisée dans de nombreuses situations, notamment :

  • Hémorragies (post-partum, post-opératoires, traumatiques, digestives…) : objectif = stopper le saignement rapidement. Les standards de pratique CIRSE sur les hémorragies gynécologiques/obstétricales rapportent des taux de succès de 79 à 100% selon les séries (publication 2020). Source (CIRSE, 2020)

  • Fibromes utérins : objectif = diminuer le volume et améliorer les saignements/douleurs. NICE (guidance publiée en 2010) considère l’embolisation des artères utérines efficace chez une proportion importante de patientes, avec nécessité d’une information claire sur les récidives/retraitements possibles. Source (NICE IPG367)

  • Adénomyose : une méta-analyse (publication 2017) rapporte une amélioration des symptômes chez 83,1% des patientes après embolisation des artères utérines (selon les études incluses). Source (PubMed, 2017)

  • Hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) : objectif = diminuer la vascularisation prostatique pour améliorer les symptômes urinaires. Une revue systématique actualisée (publication 2024) rapporte des succès techniques élevés et des profils d’événements indésirables variables selon les études, avec comparaison à la résection transurétrale dans certaines publications. Source (PubMed, 2024)

  • Varices et reflux veineux (ex. syndrome de congestion pelvienne) : objectif = fermer les veines dilatées responsables de douleur ; le CIRSE décrit l’usage de coils, colle et/ou alcool selon les anatomies. Source (CIRSE – information patients)

  • Lésions bénignes à risque de saignement (ex. angiomyolipome rénal) : objectif = prévenir/traiter le saignement.

  • Douleurs articulaires liées à une hypervascularisation (dans des indications sélectionnées) : objectif = diminuer l’inflammation et la douleur par embolisation ciblée.


Sur le site de RADIOLOGIE INTERVENTIONNELLE 78, vous pouvez consulter des exemples d’actes d’embolisation et d’indications (selon éligibilité médicale) :

 

Quels matériaux utilise-t-on ? (agents embolisants)

Le choix du matériau dépend du calibre du vaisseau, du caractère temporaire ou permanent souhaité, et du risque d’embolisation non ciblée. Des ressources pédagogiques décrivent les principales familles : particules (PVA/microsphères), coils, colles, agents scléroseurs, gélatine résorbable, etc. Source (RadiologyInfo.org – Catheter Embolization)

 

Tableau – Principaux agents d’embolisation : exemples et usages

Famille

Comment ça bloque ?

Effet (temporaire/permanent)

Exemples d’indications (selon dossier)

Particules / microsphères

Obstruction des petites artères en aval

Plutôt permanent (selon matériau/taille)

Fibromes, certaines embolisations tumorales, prostate

Coils (spirales métalliques)

Occlusion mécanique précise + thrombose

Permanent

Varices (certaines techniques), anévrismes/saignements sélectionnés

Colles (embolisation liquide)

Polymérisation rapide dans le vaisseau cible

Permanent

Malformations vasculaires, reflux veineux, situations nécessitant une occlusion rapide

Agents sclérosants (ex. alcool, selon indication)

Destruction endothéliale + fermeture des canaux vasculaires

Permanent

Malformations vasculaires/veineuses (selon anatomie et stratégie)

Gélatine résorbable (type “gelfoam”)

Obstruction transitoire, se dissout ensuite

Temporaire (jours à ~2 semaines selon sources)

Hémorragies sélectionnées, situations où l’on souhaite une occlusion non définitive

À retenir : « Embolisation » ne veut pas dire « boucher au hasard ». Le traitement repose sur une stratégie : occlure, avec quoi, jusqu’à quel point, et comment réduire le risque d’embolisation non ciblée.

 

Déroulement d’une embolisation : les étapes clés

 

1) Consultation et bilan pré-procédure

Le bilan vise à confirmer l’indication et à préparer la procédure en sécurité :

  • analyse des symptômes, antécédents, traitements (dont anti-coagulants/anti-agrégants)

  • imagerie préalable (échographie Doppler, scanner, IRM) selon la pathologie ;

  • bilan biologique (fonction rénale, coagulation, NFS) selon le contexte ;

  • discussion des alternatives (médicaments, chirurgie, abstention) et du suivi.

 

2) Installation, anesthésie et accès vasculaire

La plupart des embolisations se font sous anesthésie locale avec sédation (selon indication), parfois sous anesthésie plus profonde si nécessaire. L’accès vasculaire se fait par ponction :

  • de l’artère fémorale (aine) ou

  • de l’artère radiale (poignet) dans certains cas.

La CIRSE décrit des cathéters de petit calibre (environ 2–3 mm pour certains accès), insérés de façon mini-invasive. Source (CIRSE – information patients)

 

3) Navigation sous imagerie et angiographie

Le médecin progresse dans les vaisseaux sous contrôle radiologique, réalise une angiographie (injection de produit de contraste) pour cartographier la zone et identifier :

  • le vaisseau nourricier principal ;

  • les branches à risque (vaisseaux « voisins » à protéger) ;

  • les variantes anatomiques et collatérales.

 

4) Embolisation proprement dite

L’agent embolisant est injecté progressivement et de manière contrôlée, jusqu’à obtenir l’effet recherché (ralentissement/arrêt du flux, exclusion d’une veine, etc.). Le geste se termine par une angiographie de contrôle.

 

5) Surveillance post-procédure et retour à domicile

Une surveillance est réalisée après le geste (point de ponction, douleur, tension, température). La sortie peut être le jour même ou après une courte hospitalisation selon l’indication, l’intensité des douleurs attendues et le contexte médical.

 

Quels bénéfices attendre ? Et en combien de temps ?

Le délai d’amélioration dépend du mécanisme :

  • Hémorragie : l’effet est souvent immédiat (objectif = arrêter le saignement).

  • Fibromes/adénomyose/prostate : l’amélioration est plutôt progressive (semaines à mois), car la cible diminue et l’inflammation se résorbe.

  • Reflux veineux (varices pelviennes, varicocèle) : l’amélioration peut être rapide, mais parfois étalée sur plusieurs semaines.

Concernant la durabilité, elle varie selon la maladie et le profil des patient(e)s. À titre d’exemple, après embolisation des artères utérines pour fibromes, des données publiées rapportent des taux de retraitement à 5 ans qui diffèrent selon les études et les populations : une analyse de données (publication 2018) estime ~24% de réintervention à 5 ans pour l’UAE (et 19% après myomectomie). Source (PubMed, 2018) À l’inverse, une cohorte (publication 2018) rapporte une réintervention de 10,4% à 5 ans avec amélioration symptomatique élevée, dans un contexte de suivi IRM et de pratique expérimentée. Source (PubMed, 2018)

 

Risques et effets indésirables : ce qu’il faut savoir

Comme tout acte médical, l’embolisation comporte des risques. Ils dépendent de l’indication, de l’anatomie vasculaire, du matériau utilisé et de l’état général.

 

Effets fréquents (souvent transitoires)

  • Douleur et crampes (variables selon l’organe traité)

  • Fièvre, nausées, fatigue : un tableau appelé syndrome post-embolisation peut survenir, décrit notamment après des embolisations dans les hémorragies gynéco-obstétricales ; il associe douleur, fièvre, nausées et hyperleucocytose pendant quelques jours et se traite le plus souvent de façon symptomatique. Source (CIRSE, 2020)

  • Hématome au point de ponction

 

Risques moins fréquents mais importants à connaître

  • Embolisation non ciblée (migration vers un territoire non souhaité), pouvant entraîner une souffrance tissulaire ; la CIRSE mentionne ce risque, par exemple lors d’embolisation de varices pelviennes avec coils/colle. Source (CIRSE – information patients)

  • Infection (rare, mais peut nécessiter antibiothérapie, drainage ou chirurgie selon sévérité)

  • Réaction au produit de contraste (allergie) ou aggravation d’une insuffisance rénale préexistante (risque évalué au préalable)

  • Thrombose/embolie (risque global variable selon contexte)

Important : l’information sur les risques doit être personnalisée, car les probabilités et les conséquences ne sont pas les mêmes entre une embolisation pour hémorragie, pour fibrome, pour prostate ou pour veines pelviennes.

 

Contre-indications et situations qui nécessitent des précautions

Les contre-indications dépendent de l’indication et du terrain. En pratique, certaines situations imposent une discussion renforcée et/ou une adaptation :

  • Allergie sévère au contraste iodé (selon examens et alternatives) ;

  • Insuffisance rénale (prévention, hydratation, stratégie de contraste) ;

  • Troubles de la coagulation ou traitement anti-thrombotique (adaptation au cas par cas) ;

  • Infection active ;

  • Grossesse (selon indication, bénéfice/risque, alternatives).

Pour certaines indications (ex. fibromes), NICE recommande une sélection en équipe (incluant gynécologue et radiologue interventionnel) et une information claire sur les bénéfices et incertitudes (notamment projet de grossesse). Source (NICE IPG367 – recommandations)

 

Suivi après embolisation : à quoi s’attendre ?

Le suivi varie selon la pathologie, mais comprend souvent :

  • un point clinique (douleur, fièvre, reprise des activités, évolution des symptômes) ;

  • un contrôle biologique si nécessaire ;

  • une imagerie de contrôle (échographie, IRM, scanner) selon indication ;

  • une coordination avec le spécialiste adresseur (urologue, gynécologue, néphrologue…).

 

Questions fréquentes sur l’embolisation (FAQ)

 

Quelle est la différence entre une embolisation et une chirurgie ?

L’embolisation est un traitement mini-invasif réalisé par l’intérieur des vaisseaux, via une petite ponction cutanée, sous guidage d’imagerie. La chirurgie agit généralement par une incision et une action directe sur l’organe. L’embolisation peut réduire certains risques (cicatrice, perte sanguine, durée d’hospitalisation), mais elle a ses spécificités : usage de produit de contraste, irradiation, risque d’embolisation non ciblée, et parfois un délai d’efficacité (ex. fibromes, prostate). Le bon choix dépend de l’indication et du dossier.

 

Est-ce que l’embolisation est douloureuse ?

Pendant le geste, la douleur est en général limitée grâce à l’anesthésie locale et, selon les cas, une sédation. Après la procédure, la douleur dépend de l’organe traité : certaines embolisations entraînent des crampes ou douleurs inflammatoires transitoires. Un syndrome post-embolisation (douleur, fièvre, nausées, fatigue) peut survenir quelques jours, décrit dans la littérature, et se traite le plus souvent avec antalgiques/anti-inflammatoires selon avis médical. Le protocole d’analgésie est anticipé pour limiter l’inconfort.

 

Combien de temps faut-il pour récupérer après une embolisation ?

La récupération varie selon l’indication et l’intensité des symptômes post-procédure. Beaucoup de patients reprennent une activité légère en quelques jours, mais certaines embolisations (par exemple en gynécologie) peuvent nécessiter une convalescence plus marquée au début (douleurs, fatigue). Le point de ponction impose souvent d’éviter les efforts intenses pendant une courte période. L’amélioration clinique peut être immédiate (hémorragie) ou progressive sur plusieurs semaines/mois (fibromes, prostate). Un suivi est prévu pour adapter les conseils de reprise.

 

Y a-t-il un risque de récidive après embolisation ?

Oui, et ce risque dépend fortement de la maladie traitée, de l’anatomie vasculaire (collatérales), et du résultat d’occlusion obtenu. Pour certaines indications, des réinterventions peuvent être nécessaires à moyen/long terme. Par exemple, des études sur l’embolisation des artères utérines pour fibromes rapportent des taux de retraitement variables à 5 ans selon les populations et les méthodologies (données de cohorte vs bases de données). C’est pour cela que l’imagerie préalable, la sélection des patients et le suivi sont essentiels, avec une information claire avant le geste.

 

Et maintenant ?

Si vous souhaitez en savoir plus sur les traitements mini-invasifs réalisés en radiologie interventionnelle, vous pouvez consulter le blog ou revenir à la page d’accueil du centre : Centre Spécialisé de Radiologie Interventionnelle Parly II – Yvelines. Pour une demande d’avis et, si indiqué, organiser une prise en charge, vous pouvez aussi utiliser la page Rendez-vous en ligne facile et rapide.

 
 
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